Michel Hervé : « La concertation pour redonner du sens »

Michel Hervé

Michel Hervé, Fondateur et ancien PDG du Groupe Hervé

 

Votre réflexion est basée sur les changements induit par la révolution numérique…

Nous sommes passés avec Internet d’une pensée logique avec une causalité linéaire (une cause amène à une conséquence) dans un monde prévisible, à une pensée « système » de causalité en boucle, dans un monde où les facteurs sont multiples, ce qui rend les choses plus difficilement prévisibles.

Avec ce changement, nous avons besoin de gens qui ont une capacité à se débrouiller dans le brouillard. Ce sont tous ceux qui travaillent dans le domaine de la création, qu’ils soient artistes, chercheurs ou entrepreneurs.
Nous avons aujourd’hui besoin de finesse et d’intuition. Mais pour créer, il faut être libre… Le vrai problème est de développer la liberté et la fraternité. Nous devons aussi valoriser la singularité en utilisant l’intelligence collective : la capacité d’un groupe à créer est d’autant plus élevée qu’elle a réussi à additionner et combiner les singularités. Il n’y a qu’à observer le fonctionnement du vivant : c’est l’association des singularités qui donne naissance à un être complexe.

Concrètement, comment cela se traduit-il dans l’entreprise dont vous êtes le fondateur ?

Dans le groupe Hervé, des équipes de 15 personnes ont été constituées. Dans chacun de ces groupes une personne joue un rôle clé, c’est le manager. Il a en fait trois rôles : c’est lui le sélectionneur ; en cas de problème, il est comme le pompier qui va se sacrifier pour éteindre le feu le premier. Son rôle est aussi d’aider les individus à grandir, surtout dans le « savoir être ». Enfin, il a un rôle de catalyseur. C’est lui qui fait passer dans le groupe les exemples venant de l’extérieur, c’est lui qui favorise la communication et l’émergence d’une stratégie collective. Le groupe recherche en effet du sens dans la concertation. Et les individus trouvent leur bonheur à travers le sens de leur utilité.

À partir de ces équipes, le système, qui ressemble à celui des Iroquois, consiste à ce que ces 15 personnes élisent leur manager, tous ces managers élisant à leur tour leur manager, etc., jusqu’à 4 ou 5 niveaux de responsabilité. Pour que cela fonctionne, il faut de la transparence, et c’est cela que permet Internet, avec dans le même temps une représentation de l’espace et du temps.

Quelles leçons en tirez-vous sur la place des élus dans notre démocratie ?

Le rôle de l’élu, c’est d’être utile au groupe. L’élu est le représentant du groupe au niveau supérieur. Il a la même position et le même rôle que le manager. Les gens l’aiment s’ils ont le sentiment que l’élu peut se sacrifier. Ils sont déçus en revanche s’il donne le sentiment de travailler plus pour lui, pour sa réelection que pour être utile (dans le sens d’une utilité sociétale). La difficulté est que son rôle est beaucoup plus complexe que celui du créateur ou de l’entrepreneur. Le rôle de l’élu est d’apporter une dimension contextuelle aux textes. C’est ce que demande la population : qu’il apporte de l’information supplémentaire.

Sur le fonctionnement du système dans son ensemble : il faut un système qui synthétise et non qui décentralise. La mécanique quantique, la théorie de la relativité comme les dernières avancées en neurologie nous montrent qu’il n’y a pas de centre, et décentraliser, c’est encore se positionner vis-à-vis d’un centre.

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