Robin Salecroix : « Lutter contre la précarité pour que les décisions soient mieux acceptées »

Robin Salecroix

Robin Salecroix, Conseiller municipal de Nantes

 

Quelles sont vos observations relatives au rapport des jeunes à l’autorité ?

Au cours de diverses expériences, militantes et professionnelles, j’ai pu constater la défiance des jeunes vis-à-vis de la politique et de l’autorité en général. Sont remises en cause toutes les institutions dans lesquelles se joue un rapport à l’autorité : la famille, l’école, l’entreprise… Dans le champ politique, cela est lié à l’incompréhension du fonctionnement des institutions et surtout de l’influence qu’ils peuvent avoir. Ils ont l’impression de ne pas être écoutés : « je vote, mais rien ne change », disent-ils. Ils se questionnent vraiment sur l’intérêt de l’engagement collectif. Ils se demandent surtout si cela est utile pour changer leur vie au quotidien.

Ils ne sont donc plus prêts à s’engager ?

Dans le même temps, il y a chez eux une soif de s’engager, mais sous d’autres formes : dans des associations, ou dans des collectifs plus informels. Dans leur quartier, par exemple, ou pour des actions très ponctuelles, face à un problème local, pour protester contre la fermeture d’une classe…

Et vous, quel est le sens de votre engagement dans ce think tank ?

Je trouve intéressant de participer à une démarche où, collectivement, des élus, de différentes obédiences, des « experts » et des techniciens réfléchissent aux enjeux. Pour moi, il s’agit de trouver comment améliorer les outils politiques de la démocratie participative, de la démocratie directe, également dans le monde de l’entreprise (afin de recréer du lien entre les salariés et les décideurs), en un mot, d’étendre le champ de la démocratie là où il y a un besoin de participer à la décision.

Dans vos interventions, vous avez mis en avant la question du « sens ».

La question de « faire société » est centrale. Ensemble, nous ne sommes pas juste une somme d’individus. Or, quand la compétition a lieu dans tous les domaines, éducation, entreprise, et parfois jusque dans les familles, quand c’est la loi de la jungle, la régulation ne se fait pas et l’on assiste à une perte de sens. D’où des questionnements du style « pourquoi je travaille, pourquoi je me battrais, alors que mes enfants auront moins que moi ? ». Dans ce contexte, comme faire ensemble ? Pour moi, ce qui est primordial, c’est la lutte pour l’égalité contre la précarité.

Comment cela peut-il contribuer à redonner confiance en la démocratie ?

La démocratie ne peut pas être la dictature de la majorité. Ce ne peut pas être non plus la dictature de la minorité. Notre démocratie est imparfaite, mais la puissance publique doit pouvoir appliquer ses décisions. Face à des groupes très bien organisés et relayés par les médias, comment nous, en tant que décideurs publics, pouvons-nous faire accepter des décisions prise dans ce cadre démocratique imparfait, les défendre et faire preuve d’autorité au nom de l’intérêt général ? Ma réponse est que si on développe l’égalité, et que l’on lutte ainsi contre la précarité, alors les décisions seront mieux acceptées.