Notre-Dame des Landes : l’heure de vérité // par Michel Urvoy

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Michel Urvoy est Éditorialiste à Ouest-France et directeur de la rédaction de Paris. Il est Membre du comité d’orientation du Think tank

 

Article paru dans Ouest-France du 18 juin 2015 et sur le blog Politiquement chaud de Michel Urvoy .

 

La politique échappe-t-elle à l’exigence de vérité ? Beau et vaste sujet de réflexion, hier, pour les candidats au bac. Bel exercice pratique, demain, pour un Président et un Premier ministre. S’ils cherchent à l’illustrer, François Hollande et Manuel Valls ne peuvent trouver meilleure occasion qu’à Notre-Dame-des-Landes.

Le rejet possible, par la Justice, qui les examine aujourd’hui, de dix-sept requêtes contre le projet d’aéroport, les placerait devant une obligation de cohérence : « Après la décision du tribunal administratif, il faudra alors s’engager dans la construction de Notre-Dame-des-Landes », déclarait Manuel Valls, le 18 décembre, dans un entretien à Ouest-France.

Au contraire, la recevabilité des recours prouverait que le projet a été mal préparé et les obligerait à en tirer les conséquences.

L’heure de vérité est imminente. Tout le monde en a assez de ces guerres de tranchées. De ces déchirements, parfois violents, qui affaiblissent la Région. De ce feuilleton sans vision d’un développement souhaitable pour l’Ouest dans vingt-cinq ou cinquante ans.

Les collectivités ayant toutes voté les financements, c’est à l’exécutif national qu’il va revenir de prendre ses responsabilités.

Sous prétexte qu’il y a des élections régionales dans six mois, une présidentielle dans deux ans, faudrait-il continuer d’attendre encore, pour ne pas contrarier, dans un cas les défenseurs du dossier, dans l’autre la fraction écologiste socialo-compatible ?

Faudrait-il, pour ménager l’influente Ségolène Royal, qui admet ne pas connaître le dossier, abandonner le projet, tandis que d’autres, au gouvernement, dans les milieux économiques, dans l’opposition, y sont farouchement favorables ?

Légitimité politique

Sous prétexte qu’il faut réussir le sommet climat de décembre, faudrait-il décréter l’abandon de Notre-Dame-des-Landes, alors que – soyons logiques jusqu’au bout – l’aéronautique fait vivre des milliers de familles dans l’Ouest ?

La politique et la vérité ne font pas toujours bon ménage. Parce que la vérité peut avoir un coût politique. Mais aussi parce qu’il peut naître plusieurs vérités, lorsque les procédures traînent, que la pédagogie et la concertation n’ont pas été suffisantes.

Le temps passant et le mépris des uns envers les autres s’enkystant, Notre-Dame-des-Landes a cristallisé deux conceptions du monde. Celle des « croissants », branchés sur l’innovation, mobiles, gagnant bien leur vie, et celle des « décroissants », des jardiniers du village gaulois, des « zadistes », se contentant d’allocations et de petits revenus, des défenseurs des terres agricoles, de bobos…

Quelle que soit la décision de justice, le politique aura deux décisions à prendre. Feu vert ou feu rouge, il faudra d’abord faire respecter l’État de droit, mettre fin à l’occupation de terrains et de bâtiments, avec la hantise de répéter le drame de Civens.

Il aura ensuite à dire sa vérité, à l’expliquer, à l’assumer. Hier, il ne le faisait pas, parce que Jean-Marc Ayrault, qui n’est plus à Matignon, ne voulait pas irriter les écologistes, qui ne sont plus au gouvernement.

Notre-Dame-des-Landes peut être enterré pour des raisons de fond, retenues par les juges. S’il l’était par calcul politicien, ce qui ne semble pas guider Manuel Valls, ce serait la remise en cause par le pouvoir lui-même de la légitimité politique.