Les membres fondateurs

les membres fondateurs

Regards croisés de deux élus à l’origine du think tank

 

Quelles sont vos motivations, en tant qu’élus, à créer ce nouveau think tank ?

Portrait de Michel PironMichel PIRON : « La première raison vient du fait que l’action publique est un sujet de moins en moins lisible, tant au niveau de pratiques politiques qui se résument trop souvent à des postures, que dans la traduction des médias qui la réduisent à des caricatures. Notre objectif est de remettre les principes de base de notre démocratie en perspective.
La première question est celle de « l’intérêt général » : qui le définit ? Qui a la légitimité pour porter l’intérêt général ? Comment relégitimer la démocratie élective dans ses rapports à la démocratie participative ? »

 

portrait de Jacques Auxiette

Jacques AUXIETTE : « La question se pose aujourd’hui de savoir si l’autorité institutionnelle est à même de faire exécuter des décisions prises en toute légitimité. Or, que se passe-t-il dans un contexte où l’on peut contester la légitimité de ces décisions ? Comment assurer la continuité de l’État de droit dans ces conditions ?

Nous avons souhaité connaître le regard que portent les grands intellectuels sur cette question-là, afin de dégager quelques principes. Nous nous intéressons pour le moment à trois champs où se décline cette double thématique de l’autorité et de la légitimité : celui de l’éducation, celui de l’entreprise et celui des collectivités locales. »

 

Quelle est la place du citoyen dans votre réflexion ?

Jacques AUXIETTE : « Comme il nous apparaît primordial de travailler sur ce qui fait le fondement de notre état de droit et de notre démocratie représentative, nous nous préoccupons de la valeur du suffrage universel. Aujourd’hui, parce qu’ils y voient de moins en moins clair, les citoyens ont du mal à se déplacer pour choisir les équipes qui vont décider.

On constate une méconnaissance certaine à tous les niveaux de la société, et tout niveau de diplôme confondu, du rôle des institutions de la République, dont celui des collectivités locales. Nous partirons donc de questions telles que : comment former le citoyen aujourd’hui ? Comment faire pour améliorer le niveau d’information de chacun ? »

Michel PIRON : « D’une part, notre interrogation porte sur notre système institutionnel où la centralisation est excessive et unique en Europe. À tous les niveaux institutionnels, nous pensons que la distance entre la politique et les citoyens est dangereuse. Elle suscite l’attente de « l’homme (ou la femme) providentiel », qui n’a rien d’une attente démocratique.

D’autre part, nous nous interrogeons sur le temps des politiques qui ont de plus en plus tendance à éliminer la durée pour, soi-disant, coller au « temps réel ». Mais en quoi ce temps immédiat est-il plus « réel » que le temps long ? Remettre en perspective les questions mal résolues permet de réfléchir avant d’agir. »

 

Comment se concrétisera votre démarche ?

Michel PIRON : « Si notre réflexion porte sur l’action publique et l’intérêt général, elle doit au moins déboucher sur la question : « comment passer à l’acte » ? Le choix de membres du Think tank n’est pas indifférent. Nos travaux ne doivent pas se cantonner à des réflexions d’élus ou d’universitaires.

Nous avons besoin du concours de ceux qui s’investissent au quotidien dans le champ public, que leur action soit privée ou publique. Nous souhaitons donc que le monde du travail et les chefs d’entreprises participent à notre démarche. »

Jacques AUXIETTE :« Nous ne sommes pas dans une démarche uniquement intellectuelle. Le petit groupe qui se constitue ici commanditera des études de cas diverses et variées, sur les systèmes étrangers, sur ce qui se passe dans le monde de l’éducation… Nous voulons aussi créer des ressources pour refonder l’acte démocratique, par exemple sous forme de documents ou fiches pratiques visant à informer les citoyens. Nous ne sommes pas là pour « enfoncer des portes ouvertes ». Notre approche est résolument pragmatique. »