Le cadre des travaux

Le cadre des travaux

L’actualité nous offre chaque jour des exemples de contestations de l’autorité, aussi bien dans le cadre éducatif, que celui de l’entreprise ou encore dans la mise en œuvre de l’action publique. Si la remise en cause de la décision publique paraît particulièrement problématique, confinant parfois à l’inertie, voire à des formes violentes de protestations mettant en péril l’Etat de droit, la contestation de la légitimité des autorités correspond à un phénomène général consubstantiel à la dynamique démocratique. En effet, Alexis de Tocqueville avait bien analysé cette « passion de l’égalité » que cultive la société démocratique, quand l’autorité suppose la reconnaissance d’une relation hiérarchique consentie. Au-delà de la prise en compte des oppositions, il s’agit surtout d’inclure dans le débat public celles et ceux qui en sont aujourd’hui les plus éloignés, qu’ils soient notamment précaires ou jeunes.

De fait, les attributs traditionnels de l’autorité tendent à s’effriter (l’autorité parentale, l’autorité professorale, l’autorité du chef d’entreprise, l’autorité des « autorités publiques »). On assiste ainsi à une recomposition des rôles sociaux, si bien que le monopole de la violence physique légitime et l’outil juridique ne suffisent plus à eux seuls à légitimer l’intervention publique, sommée de co-construire avec les différents acteurs et de rendre compte de son action. L’intérêt général n’apparaît plus dès lors comme un élément transcendant justifiant l’intervention publique. En effet, les autres acteurs, au premier rang desquels les citoyens, revendiquent désormais de pouvoir contribuer à sa définition et à sa mise en œuvre. En filigrane, ces évolutions renvoient aux dysfonctionnements bien connus de notre démocratie représentative, et au rôle des décideurs publics, aussi bien élus qu’agents du service public.

Pour autant, une société aura toujours besoin d’autorités légitimes pour préserver sa cohésion et garantir la réalisation de ses valeurs fondamentales telles que la liberté, l’égalité et la fraternité. Cette structuration sociétale passe par le bon fonctionnement des institutions collectives, à commencer par l’école, les institutions publiques et l’entreprise, au cœur de notre modèle de société. Pour être légitimes, ces institutions doivent susciter la confiance au sein du corps social. Mais cette institution invisible qu’est la confiance reste toujours fragile, et repose sur des actes tangibles.

Le niveau local apparaît dès lors comme un échelon pertinent pour recréer ce lien essentiel entre individus, et entre individus et institutions, en prenant en compte les nouvelles revendications d’un approfondissement de la démocratie. C’est bien là tout le sens de la décentralisation. Ainsi, des initiatives locales émergent pour faire advenir un nouveau paradigme de l’action publique : participation, démocratie directe, délibération, outils numériques, design et évaluation de politiques publiques… Plus que jamais, l’innovation et l’expérimentation constituent des pistes pertinentes pour renouveler les modes d’intervention publique. La politique de la ville constitue notamment un laboratoire de cette nouvelle approche qui vise l’empowerment des acteurs de territoire et la responsabilisation citoyenne.

Plusieurs clubs de réflexion ont déjà eu l’occasion de s’intéresser aux concepts d’autorité, de légitimité, de citoyenneté et d’Etat de droit. Pour autant, les outils permettant de repenser en profondeur la relation aux institutions au sens large et aux autorités ne semblent pas encore à la hauteur des défis à relever. Dans cette perspective, l’ambition du Think tank de Fontevraud est donc de proposer, sur la base de cas concrets, des démarches opérationnelles visant à trouver un équilibre entre l’exigence d’associer mieux et davantage les citoyens au débat public, et l’effectivité des décisions prises. Cette réflexion ne se limite pas à la seule action publique, puisque les mutations du rapport à l’autorité dans le système éducatif et le système productif entretiennent d’étroites interdépendances avec les évolutions en cours dans l’espace public.