La République est-elle prête à changer ? Soyons optimistes !

table ronde 2

La seconde table ronde du colloque « Penser et agir ensemble » s’est attachée à définir les conditions de construction d’un projet de « vivre ensemble » partagé.

Suite aux événements de janvier 2015, la question du « vivre ensemble » s’est posée avec une acuité nouvelle. Corinne Bouchoux, historienne et sénatrice de Maine-et-Loire, et Pierre Kahn, professeur en sciences de l’éducation, partagent une vision optimiste de la mobilisation des citoyens à ce moment de notre histoire collective, à rebours du parti pris « décliniste »de certaines prises de position récentes, comme celle d’Emmanuel Todd.

Combattre l’inquiétude et les fractures

Pourtant, ayant pris le pouls du pays à travers un tour de France en stop qui l’a conduit auprès d’une centaine de maires et de candidats aux élections municipales en 2014, Armel Le Coz (designer et cofondateur du collectif et blog www.democratieouverte.org) a noté auprès d’une partie de la population soit de la colère, soit du désintérêt vis-à-vis de la politique.

Dans ces conditions, comment définir un projet collectif ? La généralisation des pratiques numériques, en horizontalisant les relations, n’est pas forcément la réponse idéale. Certes, elles font bouger les lignes en s’inscrivant dans une logique différente de celle de la consommation de masse et des institutions monolithiques propres à la seconde moitié du XXe siècle. Pour autant, en regroupant les pairs par affinités, les réseaux sociaux provoquent autant de fractures que d’agrégations, nous dit Nicolas Colin, spécialiste de l’économie numérique : « Aujourd’hui, la multitude, avec des individus extrêmement affirmés qui s’agrègent, s’oppose à la notion de peuple, défini comme monolithique et indivisible. »

Le rôle central de l’école

Définir et promouvoir un socle commun est donc une nécessité, et Pierre Kahn s’est penché sur la question de l’éducation morale et civique, coordonnant un rapport sur cette question. Plutôt que d’imposer des valeurs alors que la société est plurielle, c’est, selon lui, la situation de dialogue elle-même qui permet de générer des références communes.

Libérer les énergies pour préparer la société de demain, c’est d’abord à l’école que cela se passe ! Le chantier est de taille puisque, pour Pierre Kahn, si l’on veut apprendre aux élèves à travailler en collectif, il faut d’abord donner aux enseignants la possibilité de le faire entre eux, en décloisonnant les disciplines, en créant des lieux d’échanges, en formant les enseignants différemment…

La communauté éducative doit pouvoir ensuite travailler mieux avec les entreprises, les associations… Cela aura pour effet bénéfique de permettre aux élèves d’interagir avec l’extérieur, d’avoir une vision plus complète de la société.

Des initiatives citoyennes, le collectif en action

Ces citoyens devront aussi, tout au long de la vie, apprendre à pratiquer un dialogue productif : cela devrait peut-être passer par la formation de chacun à la gestion non violente des conflits ; ce n’est qu’ensuite, selon Corinne Bouchoux, que le numérique pourra permettre le « vivre ensemble » pour construire demain.

Et des initiatives citoyennes qui revivifient la démocratie, il y en a : Armel Le Coz en a vu pléthore pendant son tour de France, sur des sujets très concrets (un reportage durant cette table ronde a présenté la réalisation des premières éoliennes citoyennes à Béganne, dans le Morbihan). Le problème n’est pas tant le fourmillement des projets que la frilosité du système financier… Aux institutions de devenir les animateurs de ces dynamiques locales !

 

Vous pourrez prendre connaissance des échanges de cette table-ronde dans les actes du colloque qui seront mis en ligne dans quelques jours.